1/3/2026
Il y a un an presque jour pour jour, j’envisageais sérieusement de conduire une liste aux municipales 2026 à Colmar.
Ce n’était ni un coup de tête, ni un jeu d’ego. C’était le fruit de nombreux échanges, de constats partagés, d’une conviction intime, celle que Colmar a besoin d’un cap clair. Pour des raisons d’équilibre familial et professionnel, je n’ai pas franchi le pas. Mais se taire aujourd’hui serait incohérent avec tout ce que j’ai dit, écrit et porté… et ne serait pas dans mes habitudes.
À l’époque, je n’avais pas lancé une fronde. J’avais simplement écouté. Écouté des Colmariennes et des Colmariens, des entrepreneurs, des cadres municipaux, des élus, y compris au sein même de la majorité !
Et ce qui revenait souvent était assez simple. La bonhomie ne fait pas une politique. Être apprécié ne suffit pas à diriger. Une démocratie à main levée, dans le sens du vent, ne construit pas une trajectoire. On peut être un bon politicien, cela ne garantit pas d’être un bon politique.
Gérer une ville, ce n’est pas seulement arbitrer des dossiers, c’est fixer une vision, donner un cap, fédérer autour d’une ambition, trancher, assumer, avec exigence.
Je ne vais pas tirer à boulets rouges contre Éric Straumann. Je l’ai maintes fois soutenu par le passé et il le sait. Par ailleurs, plusieurs amies, amis et anciens collègues politiques, compétents et engagés, figurent dans son équipe et sur sa liste. Mais il serait malhonnête de faire comme si tout allait bien.
Le dernier palmarès BDO / Challenges sur l’attractivité des métropoles confirme une tendance préoccupante. Colmar recule et se retrouve désormais derrière plusieurs villes comparables, y compris régionales.
Ce classement évalue trois dimensions :- attractivité pour les entreprises
- qualité de vie pour les ménages
- performance écologique
Colmar affiche des scores moyens, sans point fort différenciant.
Pour les entreprises : 2 étoiles. À proximité, nous sommes distancés par Mulhouse, Dijon, Reims ou Annecy. Dans une région industrielle et transfrontalière, c’est un signal d’alerte. Cela interroge directement notre capacité à attirer et à retenir de l’activité productive, des ETI, des emplois qualifiés.
Pour les ménages : 1 étoile. C’est le point le plus faible et le signal le plus préoccupant. Cela signifie que l’attractivité résidentielle, les services et la dynamique démographique ne sont pas perçus comme suffisamment compétitifs. Une ville peut avoir un beau centre historique et perdre ses familles actives.
Sur l’écologie : 2 étoiles. Là encore, pas de leadership. À l’heure où les villes investissent massivement dans le confort d’été, la renaturation, les mobilités douces structurantes, Colmar donne le sentiment d’ajustements ponctuels plus que d’une stratégie systémique.
Quand je relis les échanges que j’avais il y a un an, je ne peux pas dire que ces résultats me surprennent. Et je ne pense pas être le seul. Beaucoup, y compris dans l’entourage proche du maire, exprimaient déjà des doutes. En privé, évidemment…
Ce qui était pointé, ce n’était ni l’honnêteté ni la présence sur le terrain. C’était l’absence de vision structurante, le sentiment d’une gestion au fil de l’eau, d’une prudence qui devient immobilisme, d’une posture qui évite le conflit mais aussi les choix structurants.
Pendant ce temps, Mulhouse progresse sur l’attractivité économique, Strasbourg capitalise sur son positionnement européen, Dijon transforme son urbanisme, Annecy assume une trajectoire écologique claire...
La question n’est pas d’accabler. Mais aujourd’hui, Colmar donne le sentiment d’une gestion correcte, sans colonne vertébrale stratégique forte. Or les dix prochaines années seront décisives : transition climatique, compétition entre territoires, pression foncière, nouvelles attentes des jeunes générations…
Gérer une ville ne consiste pas seulement à administrer correctement les services, c’est définir une ambition lisible.
Alors que faire ?1. Recréer une ambition économique claire
Colmar ne peut pas vivre uniquement de son image patrimoniale et touristique. Il faut structurer une politique d’accueil des PME industrielles innovantes, renforcer les liens avec l’Allemagne et la Suisse, créer un véritable guichet unique pour l’investissement local. Nous sommes au cœur d’un bassin trinational, exploitons-le pleinement !
Confort d’été dans les écoles et au-delà, plan massif d’arbres et de désimperméabilisation, gestion fine de l’eau en lien avec les maraîchers, mobilités réellement fluidifiées et non subies. L’écologie ne doit pas être décorative mais opérationnelle.
Politique du logement équilibrée, soutien renforcé aux commerces de proximité, sécurité traitée sans posture ni naïveté. Une ville attractive est d’abord une ville où l’on projette sa vie.
Évaluation annuelle publique des politiques municipales et dialogue structuré avec les forces économiques, culturelles et associatives. Moins d’entre-soi, plus de prise de responsabilités !
Colmar en 2035, c’est quoi ? Une ville-musée agréable ? Ou une ville moyenne européenne dynamique, industrielle, écologique et culturelle, capable d’attirer des talents ? (j’ai franchement l’impression de me répéter depuis 20 ans…)
Je ne suis pas candidat mais je reste profondément Colmarien.
La vraie question n’est pas de savoir si le maire est sympathique mais de savoir si Colmar est prête pour la décennie qui vient. Et je souhaite sincèrement que l’équipe municipale actuelle entende ces signaux faibles.
Colmar a les atouts pour réussir : histoire, position géographique, tissu associatif, savoir-faire industriel… Il lui manque aujourd’hui, selon moi, une trajectoire claire et assumée.
Et sur ce point, le débat mérite (encore) d’être ouvert…




































