Michel SPITZ
5/4/2026
Le samedi 4 avril 2026 restera gravé dans les mémoires comme un nouveau moment d’exception du Festival de Pâques. L’Orchestre national de Mulhouse sous la direction de Marc Coppey, accompagné du Chœur de Haute-Alsace et du Chœur du philharmonique de Strasbourg, sous la direction de Catherine Bolzinger ont offert une soirée exceptionnelle avec le célèbre clarinettiste français, Pierre Génisson. Dans la nef comble de l’église Saint-Matthieu, ce programme de musique symphonique consacré à Verdi, Mozart puis Fauré et Brahms alliait virtuosité et sensibilité. Un moment fort du Festival.
Verdi a composé avec La Force du destin sa plus belle Ouverture. Elle est une œuvre aussi tragique que politique. Cette « Sinfonia », la dernière du compositeur reprend quelques-uns des plus beaux motifs de l’opéra. Souvent donné en concert, l’invention mélodique n’est pas pour rien dans le succès de l’ouvrage.
La pièce maîtresse du programme est le sublime concerto pour clarinette du compositeur. Ultime œuvre instrumentale de Mozart, elle est composée quelques semaines avant sa mort, en 1791. “La portée spirituelle et symbolique de ce concerto est immense”, déclare Pierre Génisson. L’irrésistible Adagio, dont l’ensorcelant thème initial, s’élève avec tant de douceur au-dessus des cordes, demeure l’une des pages les plus bouleversantes du répertoire, dans sa simplicité et sa pureté. Plus proche de l'intimité de la musique de chambre que du dramatisme des concertos, c'est probablement la plus fameuse œuvre pour clarinette du répertoire. La clarinette de Pierre Genisson est un ravissement permanent, jamais elle ne cherche à s’imposer, tout est d’une suprême élégance. Il y campe des personnages contrastés et hauts en couleurs, qui brûlent les planches, crient, chantent, jouent, rient, murmurent… Une musique où se dit certainement une attitude devant le destin et qui consiste à célébrer la vie et non de s'en plaindre. Un sommet donc, avant les accents funèbres du Requiem.
Gabriel Fauré écrit la musique de scène de Pelléas et Mélisande, il en extrait une suite qu’il orchestrera lui-même, reprenant la célèbre Sicilienne et la Mort de Mélisande. Une page délicate à la flûte, soutenue par les harpes, évoque « une fille aux cheveux de lin descendant jusqu'au pied de la tour ». Cet air ensoleillé, à l'instrumentation parfaite, montre combien Fauré excellait dans l'élaboration des splendides sonorités de la flûte, de la harpe et des cordes, un apaisement semblable à une interruption de temps. L’orchestre, sous la baguette de Marc Coppey, dans un délice d’équilibre et de verve mélodique, laisse couler La musique pour qu’elle trouve sa juste place.
Le Chant du Destin (Schicksalslied) de Johannes Brahms est créé en 1871. De même que, dans son Requiem, la douce espérance, consolatrice, vainc l’horreur de la mort, de même, le tragique du destin humain fait place, dans le dernier mouvement confié aux seuls instruments, à un apaisement lumineux. Johannes Brahms y déploie une finesse chorale autour de méditations sur la condition humaine, à travers les adaptations qu’en ont respectivement faites Hölderlin et Goethe. Brahms a créé là, une œuvre musicale intemporelle qui impressionne dans cette église. Grâce à une orchestration brillante, Brahms crée un climat fait de tendresse, de compassion et de piété, et prouve qu'il ne partage pas la vision pessimiste de Hölderlin. Le Chant du destin s'éclaire de nuances délicates, de belles sonorités d'orchestre ; une œuvre chantée et jouée avec une ferveur communicative.
Photos Edouard Dabrowski











































